Dans le cycle de la philosophe Vinciane Despret : « Peuples des Mers, des Terres et des Cieux ».
Il n’y avait pas d'animal au Moyen Âge. Des cochons et des oiseaux, des bœufs et des belettes, des lapins et des ours, des loups et des abeilles, des licornes même, oui. Mais si les animaux étaient présents en nombre, partageaient leur territoire et bien d'autres relations avec les humains, l’animal en tant que catégorie, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’existait pas.
Or l’invention de ce concept ne crée pas seulement une fracture entre les humains et le reste du monde ; elle produit aussi un second partage, moins visible, plus intime, qui donne naissance à une « part animale »au sein de chaque individu.
L’objet de cet ouvrage est de témoigner d'un monde, d’une période, qui ignorait cette double coupure et l’a fait émerger. Au croisement de l’histoire religieuse et de l’histoire intellectuelle, de l’histoire de l'art ou de celle de l’alimentation, il met en lumière, notamment par les images, un mode particulier de rapport au vivant et un moment décisif de l’histoire des sociétés occidentales.
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Pierre-Olivier Dittmar est historien, maître de conférences à l’EHESS) où il occupe la chaire d’histoire et d’anthropologie du Vivant (XII-XVIe siècles). Ses travaux portent sur les interfaces avec les non-humains au cours d’un long Moyen Age. Il a notamment co-dirigé avec Vanessa Manceron, Animal Culte dédié aux nouvelles ritualités animales (Terrain, 2025) et écrit L’invention de l’animal. Essai d’anthropologie médiévale, (Gallimard, 2026).
Après une licence en philosophie, Vinciane Despret entreprend des études de psychologie. Elle découvre l’éthologie et se passionne pour ces nouvelles recherches. Elle s'oriente alors vers la philosophie des sciences et se propose de suivre les scientifiques sur leurs terrains, dans leur pratique. Après une thèse sur les émotions chez les humains et les animaux, elle poursuit une carrière de chercheuse et d’enseignante à l’Université de Liège. Elle est l'auteure de nombreux ouvrages sur la question animale et sur la relation entre les vivant·e·s et les mort·e·s. Le fil rouge qui conduit ses enquêtes est la question des bons dispositifs de recherches: comment arrive-t-on (ou non) à rendre les êtres intéressants ? Comment une recherche enrichit-elle la situation qu’elle tente de décrire ? En Suisse, elle a participé à deux projets de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre : Après la fin, le congrès lors de la nuit Slow Life en 2016 et en écrivant les paroles de la chanson belge wallone pour le Concours européen de la chanson philosophique (2019). Elle a aussi participé a plusieurs rencontres et donné des conférences, et a assuré l'édition 20/21 du Théâtre des futurs possibles, un cycle de rencontres et d’expérimentation collective intitulé à l'occasion Enquêter avec d'autres êtres. En 2026 elle revient avec la nouvelle création de Massimo Furlan et Claire de Ribaupierre, Meat me in Paradise.